Ensemble de 700 lots de livres, photographies, tableaux, dessins, meubles, objets d’art, accessoires et costumes de théâtre
Maître Rodolphe TESSIER, commissaire-priseur, dispersera l’ensemble des actifs mobiliers dépendant de la Succession de Marcel Marceau, après décision de justice.
Cette vente exceptionnelle rendra hommage à l’un des plus fabuleux artiste français du XXème, dont la poésie et le génie ont dépassé les frontières. Son talent et son mode d’expression universel, l’ont propulsé sur les scènes du monde entier. De New York à Bombay, Pékin ou Moscou, des générations de spectateurs ont pu admirer celui qui porta à son plus haut point l’ « Art du silence » : le mime.
La plus grande partie des oeuvres proviennent de sa maison à Berchères-sur-Vesgres, en Eure-et-Loir. Il s’agira d’un émouvant témoignage sur la vie et le processus de création d’un artiste hors du commun, sans doute l’un des français les plus connus dans le monde.
Cette rencontre posthume du Mime Marceau nous a permis de pénétrer dans son univers où une multitude d’oeuvres, d’objets d’art, de souvenirs ou de témoignages de son art coexistaient. Cette mixité était à l’image de l’artiste et de sa philosophie éclectique : tableaux anciens, argenterie, art populaire, judaïca, mobilier rustique, photographies, automate, livres de théâtre et sa production picturale, se succédaient pour retracer le cours de vie. Toutefois, cette vente est avant tout une grande aventure humaine. Nous avons appris à connaître le Mime Marceau en tant qu’homme, à le comprendre en tant qu’artiste et à l’admirer en tant que célébrité.
Pour toutes ces raisons, on se doit de rendre hommage à ce génie du silence, à cet artiste complet qui a su donner ses plus belles lettres de noblesse à l’art du mime. Les 26 et 27 mai, nous tenterons de lever une dernière fois le rideau sur ce mythe dont le silence a fait le tour du monde.
Rodolphe Tessier, Commissaire-priseur
Les photographies
C’est toute la vie du Mime Marceau qui sera remémorée, de son fameux personnage de Bip à ses nombreuses rencontres. Avec Mickael Jackson par exemple, qui sera influencé par la marche contre le vent. Ce pas de danse deviendra le planétaire « Moon Walk » immortalisé dans la chanson «Thriller »… Mickael Jackson l’utilisera pour la première fois sur scène le 16 mai 1985.
Les plus grandes stars venues l’admirer lors de ses spectacles seront photographiées à ses côtés : Cary Grant, Rudolf Noureev, Anthony Quinn, Yul Brynner, Ginger Rogers, Gary Cooper, Vittorio Gassman ou Maurice Chevalier…. Parmi les photographes qui immortalisèrent ces instants : Falko DREYER, Michel PETIT, Peggy LEDER, Henri DAUMAN, Nicolas de HALLEUX et Colette MASSON.
En septembre 1955, le Mime Marceau se rend pour la première fois aux Etats-Unis. Il se produit au Phoenix, un théâtre de Broadway. Les critiques du New York Times et du Herald Tribune sont immédiatement dithyrambiques.
Il est considéré, avec Charlie CHAPLIN et Mack SENNETT, comme l’héritier de la « pantomime » traditionnelle. Invité sur tous les plateaux de télévision, il reçoit un Emmy Award. Sa tournée doit durer deux semaines, il y restera sept mois. Bénéficiant rapidement d’une renommée internationale, il est reçu par les plus grands chefs d’état : François Mitterrand, Bill Clinton… Il est photographié ici avec Jawarharlal Nehru, dirigeant de l’Inde entre 1957 et 1964. Il reçoit une poignée de main chaleureuse, digne de celle donnée à un chef d’état étranger.
Stan LAUREL est l’un de ses maîtres à penser avec les MARX BROTHERS, Harold LLOYD, Buster KEATON, Max LINDER et surtout Charlie CHAPLIN, à qui il voue une admiration sans borne. Le Mime et Stan Laurel, est. : 200/300 €.
Cette vacation sera l’occasion d’acquérir des photographies de ses sketchs, parmi les plus mythiques : « La Création du monde », « Le Jardin public », « Le fabricant de Masques », « Le Papillon », « La Cage », « Le Funambule » ou bien encore « Mangeur de coeur »… C’est le 22 mars 1947 que le personnage de Bip est créé : au Théâtre de Poche, dans « Bip et la fille des rues ». Ce personnage lunaire, au visage blanc et au maillot rayé, ne le quittera plus jusqu’à la fin de sa vie.
Les dessins et tableaux
Marcel Marceau se réfugie à Limoges durant la guerre où il étudie le dessin aux Arts Décoratifs (1942). L’art est partie intégrante de sa vie d’artiste, cela en est même l’essence pour ce créateur de l’invisible passionné de littérature, danse, poésie, musique, peinture, cinéma … Il ne cessera de peindre et de dessiner tout au long de sa carrière de comédien silencieux, par goût et aussi parfois pour planter le décor de ses mimodrames.
A ses débuts, l’encre est préférée pour son alliance avec le rideau noir de théâtre et l’aveuglante lumière de scène. La couleur viendra plus tard sous l’influence de Rouault et Chagall.
Son oeuvre graphique n’est jamais anecdotique, pas de paysage champêtre, pas d’esprit de décoration, plutôt des vues de villes peuplées de personnages car l’être humain est au coeur de son sujet. Son art pictural est tourné vers la nature cachée de l’homme, ses figures semblent porter des masques d’une comédie grinçante. Le manque de mouvement et l’aspect volontairement statique de certains crayons noirs induisent une violence sourde dans les dessins du créateur de Bip (1947) en opposition avec le personnage naïf et rêveur qu’il joue sur scène.
Marc Ottavi, expert
Art d’Asie, objets d’art
Un ensemble de masques du théâtre japonais « Nô», dont l’esthétique se rapproche en toute évidence de l’art du Mime Marceau, sera proposé aux enchères. Composé de drames lyriques et épiques, le théâtre Nô fait intervenir des acteurs, le plus souvent masqués. Les amateurs d’art
dramatique remarqueront tout particulièrement un masque d’homme en bois et laque « gofun », de la fin de l’époque Edo, qui sera estimé 400 / 500 €. A noter également un rare ensemble de poupées japonaises destinées à des représentations théâtrales.
Un très bel automate à musique, emblématique des inspirations du Mime Marceau, sera proposé aux enchères sur une estimation de 7 000 /9 000 €. Ce « magicien turc », un travail de fabrication française de la maison Rambour, est daté vers 1898. Il possède une tête en biscuit coulé et un socle en bois avec mécanisme à quatre mouvements : le charmeur bouge la tête, tire la langue, déplace la main droite avec sa baguette et recommence.
La vente se poursuivra avec des verres irisés romains, des pièces en ivoire (Chine, Japon) ainsi que des objets rapportés de ses voyages à travers le monde. On notera un ensemble d’armes blanches, avec notamment un poignard ottoman, « Jambiya », du XIXeme siècle, estimé 300/400 € ou un sabre japonais « akizahi », datant de l’époque Edo, estimé 1 500/1 800 €.
S’ouvriront ensuite les chapitres de l’argenterie, de judaïca, de l’horlogerie et de l’art populaire.
Une partie de la vente sera consacrée à la dispersion des costumes de scène ayant appartenu au Mime Marceau.