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Le jeudi 9 juin 2011 - Drouot Richelieu
ESTAMPES MODERNES HENRI M. PETIET
SVV Piasa

Le jeudi 9 juin 2011 à Drouot Richelieu, la maison de ventes volontaires PIASA, organisera une vente consacrée aux Estampes de la collection d’Henri M. Petiet.

 

Henri M. PETIET (1894-1980)


Henri Marie Petiet, « H.M.P. », était un homme hors du commun. Doté d’une grande intelligence, d’une mémoire prodigieuse, d’une curiosité insatiable, d’une précision et d’une exactitude presque maladive dans ses recherches et ses écrits, d’un exceptionnel esprit d’observation et d’un coup d’œil infaillible, d’un flair et d’une habileté parfois redoutables, il était au physique d’une stature altière et distinguée. Le tout, complété d’une rare culture, lui conférait une grande autorité dont il avait certes conscience mais qui n’empêchait pas ce célibataire essentiellement sensible d’être en fait un timide, qui dissimulait sous un aspect bourru ses marques de gentillesse.

Issu d’une famille qui s’était illustrée depuis plus de deux siècles dans l’Administration, l’Armée, la politique, l’industrie, la technique – et même les Lettres puisque Stendhal en était membre et avait été accueilli par elle à son arrivée à Paris, il en avait hérité un attachement viscéral pour les siens et le sens de l’histoire. Sa connaissance de celle-ci était en partie due au rôle même que ses ascendants et leurs collatéraux y avaient joué : n’est-ce pas Claude Petiet (1749-1806), son aïeul, qui comme ministre de la guerre du Directoire avait recommandé à ce dernier le jeune général Buonaparte comme commandant en chef de l’Armée d’Italie et signé sa lettre de nomination ? Le choix n’était pas mauvais et l’on connaît la carrière qui s’ensuivit.

Certains de ses ascendants lui avaient légué leurs caractéristiques spécifiques : le goût de la mécanique, des chemins de fer, des livres, la passion de collectionneur. Avec son frère aîné, le baron Petiet, il eut aussi celui de l’automobile. Il y ajouta ceux de l’estampe et de la peinture.

Son grand-père, Jules Petiet (1813-1871), ingénieur de génie, métallurgiste et mécanicien de premier plan, doublé d’un tempérament d’homme d’action, fut le créateur sur le plan technique du chemin de fer du Nord après avoir été major de la première promotion de l’École Centrale, dont il devint directeur en plus de ses responsabilités au Nord. Henri M. Petiet en hérita la passion du chemin de fer. Non seulement il réunit une très vaste documentation, mais il édita plus de 750 cartes postales ferroviaires dotées de notes techniques qui font autorité.

La constitution, avec l’aide de son grand ami, John T. Van Riemsdijk, créateur du National

Railway Museum à York en Grande-Bretagne, d’une impressionnante collection de modèles réduits lui a permis d’allier à son amour du chemin de fer son tempérament de collectionneur hérité de son père Marie-André Petiet (1853-1903). Ce dernier avait réuni une remarquable collection d’armes et d’objets militaires dont les 400 pièces firent l’objet en 1929 d’une vente à Drouot restée mémorable.

Marie-André Petiet avait aussi légué à son fils le goût des livres. Henri Petiet s’y intéressa dès son adolescence et le catalogue de la vente à laquelle il procéda à Drouot, en novembre

1927 à l’âge de 33 ans, en cinq vacations, est le témoignage de la sûreté et de l’importance de ses achats : plus de 1 200 éditions originales et livres illustrés, la plupart sur beau papier, publications de la société Les XX, le tout de la qualité qui a toujours été la marque de son exigence. Cette recherche de la qualité s’exprima pleinement lorsqu’il édita en 1930 les Contrerimes de P.-J. Toulet, avec des gravures au burin de Laboureur, imprimé par Daragnès, l’un des beaux livres illustrés du XXe siècle.

 

Henri Beraldi l’avait formé à la bibliophilie, et dès qu’il le put il acquit des livres et des éditions à tirage limité avec des reliures signées d’artistes tels que Bozerian, Canape, Carayon, Cretté, Cuzin, Kieff er, Pierre Legrain, Marius Michel, Maylander, Noulhac, Simier, Thouvenin, Trautz- Bauzonnet, etc., provenant de bibliothèques comme celle de Barthou, Beraldi, Claude-Lafontaine, Descamps-Scrive, Esmerian, Roudinesco, Sickles, Vautier, Veve, Villeboeuf… Collaborateur de son frère le baron Petiet (fondateur des Automobiles Ariès (1903-1937), président de la Chambre syndicale des constructeurs d’automobiles de 1918 à 1953 et du Salon de l’automobile de 1919 à 1958), Henri M. Petiet, réformé pour insuffisance cardiaque, travaille de 1915 à 1920 aux usines Ariès où la production des camions du même nom, l’un des plus célèbres durant la guerre de 1914-1918, devait être poussée au maximum pour les besoins de l’armée. Henri M. Petiet apprit ainsi la technique automobile dont il devint l’un des meilleurs connaisseurs. Sur un autre plan, il avait connu Georges et André Boillot, Jules Goux, Victor C. Hemery, Camille Jenatzy, Christian Lautenschlager, Léon Théry, Louis Wagner et la plupart des grands pionniers de la compétition ; cela lui permit par la suite de définir des classifications mondiales des compétitions, des voitures de courses et des pilotes. Ses articles sur les Grands

Prix de l’A.C.F. et la brochure Cinquante ans de voitures de Grands prix, sortie à l’occasion du Salon de 1962, sont des exemples d’érudition et d’exactitude historique.

Son goût pour la collection le fi t s’intéresser dans les tout premiers à la voiture ancienne dont il rassembla à une certaine époque près de 350 exemplaires, dispersés depuis. Il organisa également des compétitions de voitures anciennes, notamment à Rouen.

À ces centres d’intérêt s’en ajoutaient d’autres : le tennis (sa connaissance du déroulement des coupes Davis était ahurissante), la musique et notamment Wagner (il alla à différentes reprises au « Ring » à Bayreuth), mais sa passion dominante fut l’estampe. Il commença à les collectionner en 1919. Les circonstances matérielles lui rendant difficile la satisfaction de son constant désir d’achat, il devint marchand en 1925. Installé à ses débuts 11, rue d’Assas, il vint, fi n 1933, 8, rue de Tournon, et eut pour collaborateur un de ses amis Etienne Chevroux jusqu’au décès de ce dernier, fi n 1951. Les connaissances d’Henri M. Petiet en matière d’estampes étaient mondialement reconnues. Cela lui permit, aidé par son ami de toujours Jean Goriany, devenu son agent outre Atlantique jusqu’au début de 1943, de jouer un rôle déterminant pour donner à l’estampe la place qui lui revenait dans les grandes collections américaines, publiques ou privées, grâce à ses relations avec des conservateurs de premier plan tels que Carl Schnewing et Harold Joachim à Chicago, Agnès Mongan au Fogg Museum. Elisabeth Mongan, Eleanore Sayre à Boston, Adelyne Breeskin à Washington, des marchands tels que George Keller ou des collectionneurs comme Lessing Rosenwald. Ce dernier a d’ailleurs laissé une remarquable et pittoresque description d’Henri Petiet, auquel il rend un hommage appuyé dans son livre.

Il est impossible en quelques lignes de citer tous les artistes avec lesquels il fut en relation – et dont il édita certains – mais on peut nommer Pierre Bonnard, Jean-Louis Boussingault, Mary Cassatt, Eugène Clairin, Maurice Denis, André Derain, Pierre Dubreuil, Raoul Dufy, Charles Dufresne, A. Dunoyer de Segonzac, Edouard Goerg, Roger de La Fresnaye, Pierre Laprade, Marie Laurencin, Luc-Albert Moreau, Maillol, André Mare, Matisse, Pascin, Picasso, Lucien Pissarro, Rouault, Roussel, Signac, Louis Sue, Jacques Villon, Vlaminck, Vuillard et Daniel de Monfreid, l’ami de Gauguin, ainsi que Jean-Emile Laboureur et Marcel Gromaire, qui tous deux représentèrent Henri M. Petiet au milieu de ses estampes, l’un par une gravure, l’autre par une peinture, tandis que Edouard Goerg, Marie Laurencin, et Pierre Dubreuil laissaient de très bons dessins de lui.

En peinture, son acquisition la plus marquante fut celle de quinze grands panneaux décoratifs réalisés par Odilon Redon pour le Château de Domecy et étudiés par Roseline Bacou qui dirigea pendant de nombreuses années le Cabinet des dessins du Musée du Louvre. En 1988, les toiles entrèrent par dation au Musée d’Orsay.

Henri M. Petiet a été « découvreur de talents », cherchant à encourager les artistes auxquels il croyait, et désireux de les faire connaître et apprécier. Avec les amateurs, il s’efforçait de se mettre à la portée de ses interlocuteurs et d’aider à leur formation. Son exigence de la qualité l’avait naturellement conduit à s’inspirer du titre de la préface de Philippe Burty en prenant pour enseigne de son magasin, 8, rue de Tournon, l’appellation « À la Belle Épreuve ».

 

La profonde culture d’Henri M. Petiet lui permettait de voir les liens et d’opérer les rapprochements entre ses différentes connaissances et d’en faire la synthèse. Il était passionnant de le voir brosser des tableaux d’une époque, d’un auteur, d’un artiste, d’un confrère, d’un collectionneur, ou d’un amateur ami, de distinguer les influences, de restituer les hommes, les œuvres, les évolutions dans leur contexte. Il est regrettable que n’aient été recueillies certaines de ces improvisations éblouissantes qui ouvraient des perspectives absolument originales.Au fond Henri M. Petiet avait les qualités d’un maître, au sens d’un grand enseignant : les connaissances et la culture, les capacités d’analyse et de synthèse, l’esprit d’observation, l’exigence, la clarté dans l’exposition et le goût d’enseigner. C’est ce qu’il a été pour ceux, trop rares, qui l’ont bien connu.

 

Henri M. PETIET éditeur et marchand d’Estampes

 

Puisque l’opportunité m’est offerte d’évoquer la personnalité d’Henri Petiet et ses relations avec le monde de l’estampe et le marché de l’art, c’est avec grand plaisir que je le fais, et je voudrais que ces quelques lignes soient une forme d’hommage rendu à un personnage hors du commun.

J’ai fait mes débuts dans la carrière de marchand d’estampes en 1946. J’ai bien entendu profité de l’expérience de mes prédécesseurs et de la précieuse documentation que j’ai trouvée dans la maison familiale, mais ce qui m’a été plus précieux encore, ce sont les conseils que m’ont prodigué sans compter les grands marchands presque tous aujourd’hui disparus, qui m’ont transmis le fruit de leur expérience. Je veux parler de ces grandes figures que furent

Paul Prouté, Maurice Gobin et Marcel Guiot. Mais c’est sans doute avec Henri Petiet que j’ai entretenu les relations les plus suivies, car ce grand Monsieur m’a fait l’honneur de m’accorder à la fois sa confiance et son amitié. En dehors de la passion qu’il avait pour la collection de livres rares, de chemins de fer et d’automobiles, c’est l’estampe sur laquelle il a concentré la plus grande partie de son activité. En effet, avant de s’installer comme marchand, il fut avant tout un collectionneur. Peu de temps après la première guerre mondiale, il fréquente assidûment les spécialistes parisiens et notamment le magasin de Maurice Le Garrec situé alors 39 bis, rue de Châteaudun. Mais très vite il se sent attiré par l’édition et la vente d’estampes. Après la rue d’Assas, il s’installe dans une boutique, au 8 rue de Tournon, qu’il appelle « À la Belle Epreuve ». Cet intitulé révèle l’importance qu’il accorde aux belles épreuves dans le domaine de l’estampe ancienne et moderne. C’est lui qui m’a appris à regarder et à apprécier la qualité d’une estampe : c’est grâce à lui que j’ai compris ce miraculeux mariage du papier, de l’encre, de l’impression qui fait d’une gravure un objet unique et exceptionnel. Il avait, de plus, un art consommé de manier ces fragiles feuilles de papier, les saisissants de ses longs doigts raffinés, sans les abîmer. Je me rappelle, qu’un jour, dans sa boutique de la rue de Tournon, quelques épreuves traînaient sur une table. Un visiteur s’en saisit maladroitement et Henri Petiet se précipite sur lui et lui dit avec cette hauteur cinglante dont il avait le secret : « Monsieur, veuillez lâcher ces estampes, vous n’avez pas qualité pour toucher ces objets ». Le visiteur court encore…

À la suite de la grande dépression des années 29/30, les marchands parisiens se remettaient difficilement de la crise. Malgré cela, Henri Petiet, avec une clairvoyance et un courage exceptionnel acquiert, à la mort du grand éditeur Ambroise Vollard, en 1939, la presque totalité des éditions de ce remarquable promoteur de l’art contemporain. Henri Petiet aurait pu se contenter de vivre tranquillement sur ce stock mais, s’il s’est, avant guerre, lié d’amitié avec des artistes de sa génération et il publie des estampes de Marie Laurencin, Gromaire, Goerg, Dunoyer de Segonzac, ou d’autres, moins célèbres mais dont il avait senti la qualité comme Boussingault, Charles Dufresne, Pierre Dubreuil, etc. Le rôle qu’il a joué à cette époque est si important que le marché de l’estampe en vit encore. Non content d’éditer, il fréquente les ventes publiques françaises et étrangères et continue d’accumuler les estampes des artistes qui lui sont chers même si ceux-ci n’ont pas encore atteint à la renommée internationale. Il « ramasse » dans les ventes, à petits prix, les œuvres qu’il sait ne pas pouvoir revendre tout de suite. Il entasse ces feuilles de papier dans son appartement de la rue de Tournon puisque, depuis 1955, la boutique est fermée à la suite du décès de son collaborateur M. Chebroux. Oui, il entasse avec passion, frénésie, et je me rappelle qu’un jour, il dit à Paul Prouté : « Tu vois Paul, nous sommes les derniers entasseurs de papiers ».

Mais si Henri Petiet vit du commerce de l’estampe, il travaille énormément à la recherche sur les œuvres de plusieurs artistes constituant ainsi une documentation capitale à la connaissance de l’estampe moderne. C’est ainsi qu’il fournit de précieuses informations à ceux qui rédigeront plus tard le catalogue raisonné de Paul Gauguin, par exemple.

Les chercheurs, universitaires, ont souvent recours à lui ; de nombreux catalogues n’auraient pu être réalisés sans les prodigieuses connaissances d’Henri Petiet. De plus, il est un grand animateur du marché de l’estampe par sa présence dans les ventes françaises et internationales où il soutient les prix de ses artistes.

Je rencontrais fréquemment Henri Petiet, soit qu’il passe me voir rue du Four, soit que j’aille le voir dans cet extraordinaire appartement de la rue de Tournon encombré d’estampes, de livres, de cartes postales d’automobiles et de modèles réduits de chemin de fer. Il fallait zigzaguer au milieu de piles d’estampes parfois posées à même le sol pour arriver jusqu’à la table ronde qui lui servait de bureau et où il prenait ses repas. J’ai recueilli auprès de lui des informations qu’il me donnait volontiers et qui ont contribué à ce que je sais de l’histoire de la gravure moderne. Sa prodigieuse mémoire lui permettait de répondre instantanément, à la vitesse d’un ordinateur, sur la date d’une estampe, le nom de son éditeur, le nombre du tirage, etc. Sous ses allures de dilettante nonchalant, c’était un gros travailleur. Il tenait à jour des fiches qui resteront des documents irremplaçables dans l’histoire de l’estampe moderne. Sa disparition fut une grande perte pour le monde de la gravure.

Je garderai personnellement le souvenir de sa haute silhouette aristocratique, de ses manières raffinées, encore que parfois, il aimait choquer son auditoire par quelques propos un peu « salés » mais dans sa bouche distinguée, ces mots n’avaient jamais rien de vulgaire. Impitoyable avec les gens qu’il n’appréciait pas, ou qu’à la limite il méprisait, il était par contre d’une fi délité et d’une gentillesse extrêmes avec tous ceux qu’il appréciait, et j’ose dire que je faisais partie de ces derniers. Henri Petiet est une figure incontournable, comme on dit aujourd’hui, du marché de l’art au XXe siècle.

 

Jean-Claude Romand, avril 1991

 

Comme elle nous y a habitués depuis exactement vingt ans maintenant, au rythme de deux ventes par an, en juin et en décembre, la dispersion de la collection d’estampes Henri M. Petiet nous régale de ses planches en très bel état de conservation, par des artistes prisés et souvent rares. Ainsi La Petite Blanchisseuse (1896), de Pierre Bonnard, estimée 65 000 euros : cette célèbre lithographie en couleurs éditée par Ambroise Vollard et tirée à cent épreuves constitue l’un des chefs-d’œuvre de l’estampe nabie. Elle nous montre une scène populaire typique des rues de Paris, traitée dans cette esthétique alors nouvelle, non sans humour, par des aplats de couleurs franches, des contours nets et un cadrage inspiré des leçons de l’art japonais.

Quelques lots plus loin, un autre joyau s’offre à l’amateur : un exceptionnel monotype d’Edgar Degas, de grand format (38 x 28 cm), intitulé La Toilette – la cuvette (vers 1880-1885), représentant une femme procédant à ses ablutions, sujet intimiste comme les affectionnait l’artiste. Ce monotype estimé 85 000 euros provient en droite ligne de la vente après décès d’Edgar Degas et a atterri dans la collection Petiet par le biais d’Ambroise Vollard, dont il avait racheté une partie du fonds en 1939. Degas avait découvert la technique du monotype vers 1875 grâce au graveur amateur, le vicomte Lepic. Cette façon de peindre la plaque de façon libre et spontanée, d’y travailler la matière en la frottant, en la grattant ou en l’essuyant, parfois au doigt, avant d’en tirer une épreuve, lui convenait parfaitement. Il produisit ainsi environ 250 sujets différents dans cette technique – bien plus qu’il ne réalisa d’eaux-fortes ou de lithographies. Il s’agit ici de la première épreuve tirée, donc particulièrement noire et lisible. L’artiste en tirait généralement une deuxième, plus pâle, le « fantôme », qu’il retravaillait souvent à la gouache ou au pastel.

Autre point fort de la vente, une remarquable eau-forte de Pablo Picasso, Les Trois grâces couronnées de fleurs (1938), estimée 18 000 euros, où l’artiste revisite un sujet classique avec son art consommé de la gravure. Notre épreuve est revêtue d’un magistral autographe : « Bon à tirer / Picasso / le 30.10.60 », sceau d’approbation de l’artiste avant le tirage à cinquante épreuves, effectué seulement en 1961 (soit vingt-trois ans après la réalisation de la gravure), pour la Galerie Louise Leiris. Un peu plus loin encore, on remarque une rare épreuve du Liseur d’Odilon Redon (1892), estimée 20 000 euros. L’artiste y a représenté son maître, le graveur Rodolphe Bresdin, non pas penché sur sa table de travail, les outils à la main, mais en vieux sage lisant à la lueur d’une fenêtre qui évoque celle de la célèbre gravure de Rembrandt, Faust. La parenté ainsi établie entre ces trois maîtres de l’estampe souligne le voyage mental auquel nous invitent les plus belles pièces des ventes Petiet.

On ne saurait oublier d’autres raretés qui sont devenues la marque de ces ventes : un ensemble d’épreuves de lithographies d’Honoré Daumier (entre 150 et 800 euros), en tout premier état, avant la lettre, souvent annotées par l’imprimeur qui y appose ainsi son « certificat de tirage », afin d’obtenir l’autorisation du bureau de censure – témoignage sur une époque où la liberté de la presse était farouchement contrôlée. D’autres artistes nabis, tels Maurice Denis, Ker-Xavier Roussel et Édouard Vuillard, éclaboussent la vente de toute la fraîcheur de leurs coloris : on est ainsi séduit par la décomposition des états du Reflet dans la fontaine, de Maurice Denis (1897), estimée 4 500 euros, où les cinq épreuves rassemblées démontrent la patiente recherche et les tâtonnements de l’artiste et de son imprimeur, Auguste Clot, avant de parvenir à l’image achevée, telle que finalement publiée, à cent épreuves – toujours par les bons soins d’Ambroise Vollard, dont Henri M. Petiet se fait lui-même ici, par son choix et son regard averti, le digne héritier.

 

Hélène Bonafous-Murat, expert

 

Parmi les plus belles pièces, nous retrouverons un monotype à l’encre noire sur vergé, d’Edgard Degas (1834-1917), « La toilette, la cuvette. Vers 1880-1885), qui sera mis en vente à 85 000 €. Au verso, se trouve un timbre rouge de l’atelier Degas (Lugt 657), ainsi qu’un  numéro 1419 au crayon bleu.

 

Une lithographie de Pierre Bonnard (1867-1947), « La petite blanchisseuse. 1896), sera pour sa part estimée 65 000 €. L’épreuve sur chine volant, est numérotée et signée à la mine de plomb. Il s’agit d’un tirage à 100 épreuves pour l’Album des Peintres graveurs, A. Vollard éditeur.

 

Enfin, une lithographie d’Odilon Redon (1840-1916), « Le liseur. 1892 », sera proposée à 20 000 €. Il s’agit d’une épreuve sur chine appliqué, signée à la mine de plomb. Au-dessus du sujet à gauche, en petites capitales, à la mine de plomb, possiblement de la main de l’artiste, se trouve la mention « Odilon Redon ».

 

Expositions publiques :

Drouot Richelieu

Mercredi 8 juin 2011 de 11h à 18h

Jeudi 9 juin 2011 de 11h à 15h

 

Vente à Drouot Richelieu – Salle 9 :

Jeudi 9 juin 2011 à 14h30

 

Maison de ventes volontaires Piasa : 01 53 34 10 10

www.piasa.fr