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Hotel Drouot
ameublement, tableaux, objets de collection, tableaux du XIXe
2 108 000 euros frais compris. Giovanni Boldini (1842-1931), Portrait de Madame de Florian, vers 1898, huile sur toile, 147 x 114 cm. Record mondial pour l’artiste.

Voici un tableau qui, depuis sa publication dans la Gazette (voir encadré page 27 du n° 32), a pris du galon. Non seulement l'identité de son modèle – Madame de Florian – a été précisé, mais il a de plus décroché à 1,7 Meuros un record mondial pour son auteur, Giovanni Boldini. Marthe de Florian, de son vrai nom Mathilde Baugiron, détrône ainsi l'une des personnalités les plus en vue de son temps, Luisa Casati, immortalisée en grand format (253 x 140 cm) aux côtés d'un lévrier... dix ans après l'exécution de notre tableau. La notoriété de Mathilde Baugiron est pourtant bien éloignée de celle de la scandaleuse marquise, habituée à défrayer la chronique par ses frasques. Elle semble plutôt appartenir à la catégorie des demi-mondaines. Née vers 1875, elle était comédienne et fréquentait des hommes politiques comme Georges Clemenceau, Paul Doumer ou Pierre Waldeck-Rousseau. Des cartes de visite appartenant à ces personnalités, et à d'autres, ont en effet été retrouvées dans l'appartement qu'elle occupait près de l'église de la Trinité. Contrairement au portrait de la Casati, dûment répertorié et bénéficiant d'une provenance flatteuse – la collection de Maurice de Rothschild –, notre toile constitue une découverte. Elle était depuis plus de cinquante ans à l'abri des regards. La seule trace de son existence remonte à 1951, année de parution d'une monographie de l'artiste établie sous l'égide de sa veuve, Emilia Cardona. Elle y est seulement citée, sans être reproduite. Elle va être intégrée au catalogue raisonné dirigé par Piero et Francesca Dini, qui en donnent la date d'exécution, 1898. En cette fin de siècle, au mois d'avril, le peintre regagne la France à bord du paquebot Gascogne. Il revient de New York où il a séjourné à l'occasion de l'exposition de ses oeuvres chez Boussod, sur la 5e Avenue. L'artiste en a profité pour faire le portrait de quelques membres de la haute société américaine. Giovanni Boldini est déjà auréolé de gloire... En 1897, il a exécuté ce qui reste sans doute son portrait le plus célèbre, celui du très proustien comte Robert de Montesquiou – conservé au Musée d'Orsay. En 1889, il a été élevé au grade de chevalier de la Légion d'honneur et son portrait de Verdi – réalisé trois ans plus tôt – fut présenté dans le cadre de l'Exposition universelle. C'est en 1869, au cours d'un séjour londonien, que Boldini assoit sa réputation de portraitiste. Trois ans plus tard, il se fixe à Paris, où sa facture brillante et minutieuse alliée à une touche alerte lui vaut une reconnaissance rapide. Son pinceau se libérera encore par la suite, lui permettant de développer cette manière fiévreuse et elliptique qui définit son style. Si l'artiste reste en marge de l'impressionnisme, sa technique enlevée comme ses amitiés – notamment avec Edgar Degas – l'inscrivent dans la frange résolument moderne du paysage artistique de son époque... même s'il reste avant tout un peintre mondain. Il ne faut cependant pas oublier ses paysages et scènes de la vie parisienne, lesquels ont été célébrés dès sa participation au Salon de 1874. Vingt-quatre ans plus tard, ce portrait de Mathilde Baugiron, alias Marthe de Florian, aura sans aucun doute été payé le prix fort, préludant au record mondial enregistré en 2010. Dans cette vente sans catalogue explosait le meilleur résultat de la semaine, 1,7 Meuros, qui couronnait un portrait de Giovanni Boldini, record mondial pour l'artiste.