Art d'Afrique et d'Océanie

Expositions des lots : jeudi 13 décembre - 11:00/21:00 - vendredi 14 décembre - 11:00/16:00
Vente : vendredi 14 décembre 2018 - 15:30
Salle 4 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot 75009 Paris
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Binoche et Giquello
Tél. 01.47.42.78.01
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Lot n° 5 - Manche de chasse-mouche Bakongo, style Manyanga, République Démocratique du Congo
Bois à patine brun foncé noir brillante par endroits, clous tapissier, métal
H. 26,5 cm

Provenance:
- Galerie Alain de Monbrison, Paris
- Étude Loudmer, Hôtel Drouot, Paris, 7 décembre 1985, reproduit sous le lot 112
- Ancienne collection Hubert Goldet, Paris
- Étude François de Ricqlès, Maison de la Chimie, Vente Hubert Goldet, 30 juin - 1er juillet 2001, reproduite sous le lot 295
- Collection privée
Effigie féminine au corps inscrit sur une courte base circulaire, les jambes fléchies formant des genoux aux talons une ligne zigzagante dynamique. Le torse plein et tubulaire est flanqué de bras repliés et filiformes, à peine détachés du volume, ombilic et courte poitrine formant d'autres émergences. La tête est sculptée d'un visage aux détails sobres. La haute coiffe, comme l'ensemble du buste, est recouverte de clous tapissier, et retient à l'aide d'une vis le reliquat d'une ancienne queue de boeuf, faisant office de chasse-mouche.
La laque ancienne partiellement écaillée est profondément incrustée.
Cette oeuvre est à rapprocher des productions réunies sous le groupe I de l'étude de Raoul Lehuard, et à propos duquel il écrit:
Les Manyanga, qui occupent essentiellement la région de Luozi à
Manyanga furent, dans presque tous les écrits du début du
XXe siècle, assimilés aux Sundi. (...) Ce centre de style donna naissance à un art de grande qualité qui se révèle surtout au niveau de l'exécution des têtes (pour les grandes statues) et de l'ensemble de la sculpture pour les petits objets et les miniatures pour lesquelles les artistes ont su maîtriser les « trucs » déjà connus en d'autres centres. (In. Art Bakongo - les centres de style, vol. 1, Arts d'Afrique Noire, Arnouville, 1989, pages 440 et 450).
Cf. page 647 (vol 2) un chasse-mouche du même groupe.

Manche de chasse mouche Bakongo, style Manyanga, République Démocratique du Congo Bois à patine brun foncé noir brillante par endroits, clous tapissier, métal H. 26,5 cm Provenance…

Lot n° 7 - Poulie Gouro, Côte d'Ivoire
Bois à patine brillante
H. 16,8 cm - L. 8,5 cm

Provenance:
- Collection privée française
Les collections privées réservent toujours des surprises tant elles recèlent des trésors dont on n'aurait pu imaginer l'existence.
On croyait tout connaître de l'oeuvre du sculpteur gouro, inscrit dans l'histoire de l'art africain sous le nom du maître de Bouaflé, mais une nouvelle étoile vient enrichir son brillant palmarès. Quelques traits suffisent à porter au crédit de l'artiste cet objet inédit, une bobine de métier à tisser: les yeux de chatte étirés et mi-clos, la ligne du large front interrompant sa courbe parfaite à hauteur du nez mutin et l'élégante coiffure en pointes dont la sophistication est la marque de fabrique de cette ethnie du centre de la Côte d'Ivoire.
Le grand collectionneur qu'était Eduard Von den Heydt fut séduit par la manière si sensible du maître ivoirien avant de faire don de ses masques légendaires au musée Rietberg de Zurich pour la plus grande joie de ses visiteurs. Il y a peu d'années, un amateur inspiré autant que fortuné rendait un juste hommage à notre artiste en offrant une somme record pour une de ses oeuvres ayant longtemps fréquenté le salon d'André
Breton.
Le musée Barbier-Mueller, quant à lui, a fait son emblème d'une ravissante poulie dont on peut aisément imaginer qu'elle est l'âme soeur de celle présentée ici.
Bien qu'il ait usé du même nombre d'or, le sculpteur a su conserver son propre genre à chacun de ces deux personnages. Ici la morphologie du visage, robuste et ramassé, suffirait à marquer sa virilité si sa barbe élégamment taillée laissait le moindre doute à ce sujet. Là on perçoit le maintien altier caractéristique qu'impose au corps de la porteuse le canari posé au sommet de son crâne, alors que le cou fin et allongé accentue sa féminité.
Malgré sa fragilité apparente, cet accessoire essentiel du tisserand, illustré ci-contre, était suffisamment compact pour avoir rempli sa fonction si l'on en croit la patine effacée par des manipulations inlassablement répétées, l'usure due au frottement du fil de suspension autour de son attache au sommet de la poulie, et la marque profonde qu'un léger déséquilibre a creusé dans la base de son étrier. La forme de ce dernier, simple et pratique, empruntée aux voisins sénoufo ou baoulé, confirme son utilisation en tête de lisse.
Contrairement à certaines de ses semblables dont l'architecture extravagante défie les lois de l'ergonomie, cette petite poulie répond en tous points aux critères d'authenticité définis en son temps par l'historien d'art et théoricien Frank Willett: "faite par les africains, pour les africains et utilisée comme telle" ... Avec la beauté en prime.
Bertrand Goy

Poulie Gouro, Côte d'Ivoire Bois à patine brillante H. 16,8 cm L. 8,5 cm Provenance: Collection privée française Les collections privées réservent toujours des surprises tant elles…

Lot n° 14 - Ɵ Fétiche nkissi nkondi Bakongo, République Démocratique du Congo
Époque: Fin du XIXe - Début du XXe siècle
Bois à patine brune, étoffe native, verre, métal, piquants de porc épic, résine
H. 42,5 cm

Provenance:
- Collection Jacques Hautelet, Louvain, San Diego
- Collection privée américaine

Effigie à fonction magico religieuse se tenant debout, les pieds digités solidement inscrits sur le sol. L'abdomen est entièrement dévoré par la charge reliquaire (bilongo) dissimulée derrière un miroir circulaire, les bras souples, celui de gauche ramené contre la taille, celui de droite coudé nous renseignant sur l'arme qu'il pourrait tenir. Le visage réaliste goudronné d'une résine noirâtre nous happe du regard, autant qu'il nous parle. Les yeux de verre, aux pupilles marquées, s'inscrivent de part et d'autre d'un nez fin, les lèvres ourlées et naturalistes entrouvertes.
La haute coiffe délimitée par un bandeau d'étoffe sombre est encore hérissée de piquants de porc épic. Au cou, comme à la taille, et au cheville, des tissus natifs.
Cette oeuvre est à rapprocher de l'ensemble kakongo étudié par Marc Léo Felix: bien que les Kakongo empruntèrent leur typologie de base au monde Kongo, leur sculpture est davantage axée sur les objets propres au clan que sur les objets de prestige, les emblèmes de chefs et d'autres porteurs de titres. Ils façonnèrent donc des objets chargés de pouvoirs, parmi lesquels un large éventail de statuettes « activées » par des ingrédients symboliques et par les manipulations rituelles opérées par un spécialiste. Notamment, des statuettes couvertes d'ajouts divers au bras droit levé dont la main a un orifice apte à recevoir une arme, qui servent à la protection du village. (In. Marc Leo Felix, Art et Kongos - Les peuples Kongophones et leur sculpture Biteki bia Bakongo, vol 1: Les Kongo du Nord, Editions Zaïre Basin Art History Research Center, Bruxelles, 1995, page 95)

Ɵ Fétiche nkissi nkondi Bakongo, République Démocratique du Congo Époque: Fin du XIXe Début du XXe siècle Bois à patine brune, étoffe native, verre, métal, piquants de porc épic, r…

Lot n° 15 - Figure de reliquaire Kota, région de Sibiti, République du Congo
Bois dur à patine brune
H. 38 cm

Provenance:
- Collecté par un Père missionnaire, ami de la famille qui en fit cadeau à Robert Durand
- Collection Robert Durand, Pau
- Collection privée française
Reproduction:
- Alain et Françoise Chaffin, L'Art Kota - Les figures de reliquaire, Meudon, Editions Alain et Françoise Chaffin Meudon, 1979, fig. 186, pages 302-303
Figure de reliquaire concave-convexe, au croissant sommital en deux parties. Le front est traversé par une lamelle courant ensuite sur l'arête du nez, la bouche ouverte sur de petites dents. Le regard, assez inusité, est formé de deux cylindres percés, donnant à ce visage d'ancêtre une acuité particulière. Les pendants latéraux se prolongent en deux éléments foliacés, assez rares, eux aussi, dans le corpus. Un réseau de fines hachures, estampées dans le métal, court à la périphérie des différents éléments, en motifs linéaires pour les pendants les plus courts, un décor singulier formant ailleurs, des ailes du nez à la base de la bouche, un large motif triangulaire. Lié au losange ici absent, le cou présente quant à lui, sur le placage de métal, un décor de chevrons.
Destinée à surmonter un panier reliquaire fait d'écorce, ou usuwu, conservant les ossements de défunts illustres du lignage, cette effigie symbolise, autant qu'elle honore, le souvenir des ancêtres. L'utilisation de métaux réfléchissant la lumière depuis le sanctuaire où les reliquaires étaient gardés, écartaient les esprits néfastes, tandis que parallèlement, l'affirmation de la richesse ostentatoire du chef communautaire était offerte aux regards et affirmait son prestige.
L'objet que nous présentons ici est à rapprocher du groupe 10 de la classification retenue par Alain et Françoise Chaffin, notamment par le travail de la bouche, et le traitement de fines hachures ou pointillés, du décor.
Le style est à affilier aux productions de la région de Sibiti, au Moyen Congo.
Belle ancienneté de ce reliquaire conservé dans la même collection privée depuis sept décennies.

Figure de reliquaire Kota, région de Sibiti, République du Congo Bois dur à patine brune H. 38 cm Provenance: Collecté par un Père missionnaire, ami de la famille qui en fit cadeau…

Lot n° 17 - Ɵ Masque Dan/We, Côte d'Ivoire
Bois, fer
H. 25,4 cm - L. 15,2 cm

Provenance:
- Collecté par Emil Storrer, Zürich
- Collection privée

Publication:
- Eberhard Fisher et Himmelheber Hans, Die Kunst der Dan, Rietberg Museum, Zürich, 1976, p. 99, n°71
- Eberhard Fisher et Himmelheber Hans, The Arts of the Dan in West Africa, Rietberg Museum, Zürich, 1984, p. 63, n°67

Emil Storrer (1917-1989), grand voyageur et collectionneur, sillonne l'Afrique de l'Ouest et spécialement la Côte d'Ivoire au début des années 1950.
Il rencontre à Korhogo, le garagiste Simon Escarré, lui-même grand collectionneur et chasseur avec lequel il se lie d'amitié ainsi que le Père
Convers en pays Senufo.
Il fournira des objets majeurs au Rietberg Museum, au Musée Barbier-Mueller ainsi qu'à de grands collectionneurs privés.
Ce masque de danse aux traits puissants est dominé par une masse frontale supportant les sourcils qui surplombent des yeux tubulaires inquisiteurs encadrant un nez fort aux larges ailes. La bouche très proéminente s'ouvre sur une double rangée de dents épointées qui invitent au respect.
Le fer planté au milieu du front vient renforcer le pouvoir de ce masque. De nombreux trous ronds et rectangulaires d'attache du costume, qui recouvraient le porteur, ceinturent le masque. À l'arrière, qui porte l'inscription à l'encre blanche ‘125 Guéré-Dan', les traces d'herminette restent parfaitement visibles.
Très belle patine brun-noir d'usage glacée sur un bois dur.
La description de ce masque traduit la représentation d'un esprit mâle fier et menaçant dans les cérémonies du Poro. Aux garçons et aux villageois, ce masque et son porteur inspiraient crainte et respect, les femmes ne pouvant approcher ce masque durant les périodes de réclusion.
C'est l'un des très beaux exemplaires des masques de ce type.

Ɵ Masque Dan/We, Côte d'Ivoire Bois, fer H. 25,4 cm L. 15,2 cm Provenance: Collecté par Emil Storrer, Zürich Collection privée Publication: Eberhard Fisher et Himmelheber Hans, Die…

Lot n° 18 - Ɵ Masque Grebo, Libéria
Bois et pigments
H. 44,8 cm - L. 25,4 cm - P. 12,7 cm
H. 17.3 in - W. 10 in - D. 4.7 in

Provenance:
- Mario Meneghini, Italie, collecté au Liberia en 1968
- Sotheby's New York, 19 mai 2000, lot 226
- Collection privée

Exposition:
- Le Grande Scultura dell'Africa Nera, Forte di Belvedere, Florence, 15 juillet - 29 Octobre 1989
- Le Grand Héritage - Sculptures de l'Afrique Noire, Musée Dapper, Paris, 25 mai - 15 septembre 1992
- Miniature Masks from West Africa: Lorenzelli Arte, Milan, octobre - décembre 1997
- Africa - Capolavori da un Continente, Galleria d'Arte Moderna, Turin, 2 octobre 2003 - 15 février 2004

Bibliographie:
- Mario Meneghini, The Grebo Mask, African Arts, 1974, p. 37, fig. 3
- Ezio Bassani, La Grande Scultura Dell'Africa Nera, Florence, 1989, p. 239, fig. 46.
- Ezio Bassani, Le Grand Héritage: Sculptures de l'Afrique Noire, Paris: Musée Dapper, 1992, p. 150
- Karl Ferdinand Schaedler, Afrikanische Kunst: Stilformen u.Kultgegen-stände von mehr als 100 Stämmen, Munich: Heyne, 1997, p. 52, fig. 24
- Aldo Tagliaferri, Miniature Masks from West Africa, Milan, 1997, p. 52
- Ezio Bassani, Africa: Capolavori da un Continente, Florence: Artificio Skira, 2003, p. 190, planche 3.24

Les masques des Grebo - comme cette oeuvre magnifique de sobriété, de rigueur, de vigueur - furent parmi les premiers à parvenir en Occident.
Leurs formes stupéfiantes subjuguèrent les artistes, Picasso notamment qui s'en inspira pour sa célèbre « Guitare » de 1912, la première sculpture cubiste. Ce que révèle ce chef-d'oeuvre avec éclat: à l'opposé d'autres masques africains connus au début du XXe siècle, ce n'est pas la représentation d'un animal ou d'un individu, mais un panneau, en deux parties: un front bombé, étonnamment allongé (car il servait de socle à une haute coiffe de plumes) et sous la dépression qui marque la zone oculaire, un visage qui reste plat, mais sur lequel les organes de la vue, de la parole, de la respiration sont évoqués par trois types de protubérances. Trois configurations géométriques pour symboliser la face humaine.
Rectangle, triangle, cercle: un parallélépipède remplace la bouche, une planchette de forme pyramidale figure l'arête nasale, deux cylindres se substituent aux yeux. Et en inversant les principes du réalisme, creux et ouvertures se transforment en excroissances. Bien plus: ces saillies sont privées d'orifices: narines absentes; cavité buccale représentée par une césure infime; yeux obturés où des cercles aveugles peints d'ocre très clair sur l'extrémité plate des cylindres dessinent des pupilles délibérément élargies. Toutefois, au milieu du front, deux cavités circulaires, de même teinte et de dimension similaire, introduisent un double écho plastique, en un art savant du contrepoint pour, sur ce masque de contrôle, intensifier l'idée de vigilance, redoubler les yeux inquisiteurs, mais d'une manière exclusivement emblématique. Et comme pour les multiplier encore, animer et égayer la surface, des taches beiges ont été apposées sur le fond plus sombre.
Remarquable par sa forme à la fois ample et dense, sa polychromie la plus discrète qui soit, ce masque exceptionnel est manifestement très ancien. Plusieurs signes le prouvent avec évidence: les couches successives de pigments qui, à la suite d'une longue utilisation, se détachant par endroits, furent recouvertes par d'autres; une patine croûteuse et, au dos, contre le visage du porteur, les marques ostensibles des frottements, de la sueur, de l'usure; les nombreuses atteintes des xylophages (à l'origine, cet objet était conservé à l'écart du village, dans la clairière sacrée); les percements près des yeux tubulaires sont rustiques (leur apparence au dos du masque l'atteste encore plus clairement) car effectués non pour séduire, mais pour une unique exigence: permettre au porteur de s'orienter, à la différence des orifices trop réguliers de tant d'autres masques analogues. On retrouve même intacts la gorge latérale qui permettait d'attacher costume et atours et, à la périphérie du front, tous les trous destinés à fixer la parure sommitale.
Ce masque a été collecté par un chimiste milanais, Mario Meneghini (1926-2008). Il est reproduit (fig. 3) dans un article qu'il publia dans
African Arts (vol. 8, N°1, 1974, pp. 36-39), « The Grebo Mask ». Mais il fut acheté par lui en 1968, après avoir été en fonction durant plusieurs décennies. Car Meneghini s'installa au Liberia en 1957 pour rejoindre son frère qui dirigeait déjà une entreprise dans ce pays; il y vécut aussi avec sa famille, pendant 23 ans, jusqu'en 1980 (début de la guerre civile), en collectant de manière intensive, à partir de 1963, masques et statues au Liberia, en Guinée, en Côte d'Ivoire.
Chez les Grebo, ce masque intervenait dans plusieurs cérémonies, des funérailles notamment, mais aussi, jadis, pour stimuler les guerriers lors de conflits, puis les accueillir à leur retour et, en surveillant les participants, veiller au maintien de l'ordre (Cf. Alain-Michel Boyer: « Grebo Art/L'art des Grebo», Arts&Cultures, 2010, pp. 134-151). Mais si un tel masque a pu, à tel point, fasciner Picasso et les collectionneurs, c'est aussi parce que, parmi les oeuvres de ce peuple, il est, sur le plan artistique, une rareté. Une exception, contrairement à ce que l'on croit souvent: lors d'une cérémonie, il intervenait parmi d'autres masques figuratifs, tous des visages ornés de cornes d'animaux.
Alain-Michel BOYER

Ɵ Masque Grebo, Libéria Bois et pigments H. 44,8 cm L. 25,4 cm P. 12,7 cm H. 17.3 in W. 10 in D. 4.7 in Provenance: Mario Meneghini, Italie, collecté au Liberia en 1968 Sotheby's N…

Lot n° 20 - Paire de statues deble Sénoufo, région du District de San, Nord Côte d'Ivoire
Bois dur à patine brune érodée
H. 115 cm et 117 cm

Provenance:
- Ancienne collection Robert Durand, Pau
- Collection privée
Publication/
Exposition:
- Sculptures de l'Afrique Noire, Pau, Musée des Beaux-Arts, décembre 1961 - janvier 1962, planche XIV, n° 109
- Robert Goldwater, Sénoufo, The Museum of Primitive Art, New York, 1964, planche 91, 91a
C'est à l'initiative de deux religieux français, les pères Michel Convers et Gabriel Clamens, que l'on doit de pouvoir appréhender et surtout admirer aujourd'hui, une grande partie des oeuvres deble des Sénoufo. En poste sur le territoire au moment des ravages iconoclastes d'une secte d'origine malienne, le Massa, ils sauvèrent d'une destruction systématique les oeuvres assimilées par ce mouvement à des objets de sorcellerie archaïque. En 1950, ce nouveau culte, appelé aussi « culte de la corne », pénètre ainsi en territoire ivoirien et parvient, par l'intimidation ou la persuasion, à arracher aux villageois les objets coutumiers. Sortent alors des bois sacrés Sénoufo (sinzanga), où étaient pratiqués des semaines durant les rites initiatiques, des oeuvres majeures, et dès lors désacralisées, abandonnées en tumuli sauvages. Les deux ecclésiastiques, mais également quelques rabatteurs (dont Emil Storrer), récoltèrent objets et informations jusqu'alors très parcellaires. Ceci explique notamment que la grande majorité des ouvrages consacrés à l'art Sénoufo soit postérieure aux années 50.
Sculptées dans un bois dur, marquées par l'érosion d'une ancienne et longue exposition extérieure, les deux effigies que nous présentons ici, féminine et masculine, se tiennent sur un lourd piédouche, dont la forme, assurant une grande stabilité, permet surtout aux objets de remplir leur fonction de percuteur contre le sol lors des processions. La position des pieds, bien lisibles, est contrainte pour la première, et comme fondue dans cette base tubulaire pour l'effigie masculine. Les jambes géométrisées dessinent une forme d'enroulement autour de la partie basse du tronc, lequel, étiré, s'épointe à l'ombilic, et se pare pour la femme d'une imposante poitrine, pour l'homme d'un magnifique pectoral.
Les bras significativement détachés du buste forment une prise solide, comme l'est aussi le cou volontairement étiré dans cette intention. Les détails des visages aux traits schématisés sont partiellement perdus pour l'effigie masculine, celui de la femme marqué par des tatouages rituels, et une bouche aux dents presque menaçantes. Les oreilles en demi-cercles, de part et d'autre, sont doublées dans leur forme par une crête en cimier, probable évocation du bec du calao mythologique, sur le visage masculin. Une série d'encoches linéaires entaillent le cou de la même sculpture. Leur vocation reste mystérieuse.
Oscillant de droite et de gauche, frappées contre le sol lors de processions mortuaires, ces oeuvres protégeaient par ailleurs les jeunes initiés encore vulnérables lors de leur sortie du bois sacré. Les deux porteurs, ouvrant et fermant le cortège, suivaient le rythme des tambourinaires par un martèlement régulier, propre à chasser les esprits malveillants. Bien plus que simple « objets de cadence », ces objets symbolisaient par leur apparition la transformation des initiés, leur terme même de co-cùo-débélé, « statues d'acceptation des initiés » marquant l'une des phases essentielle du poro, société secrète masculine en pays Sénoufo, mais également chez les Vaï et Mendé.
Au nombre de deux par bois sacré selon les spécialistes, les sculptures deble, emblématiques du grand art Sénoufo, sont rarement présentées dans les collections muséales ou privées par paire. Les similitudes de traitement stylistique, de dimension, de patine enfin, autorisent à penser que les effigies forment ici un groupe uni, ce que corrobore leur arrivée conjointe et leur conservation dans une seule et même collection française depuis près de soixante-dix ans.

Paire de statues deble Sénoufo, région du District de San, Nord Côte d'Ivoire Bois dur à patine brune érodée H. 115 cm et 117 cm Provenance: Ancienne collection Robert Durand, Pau …

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